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Une ombre sur une âme de lumière. Qu'importe si la lumière ne brillera plus comme avant, elle est là. Alors laissons sa chance à cette sombre silouhette, laissons lui cette chance, puisqu'il est être. Et qu'il vive, tandis que l'autre se meurt, puisque son coeur bat et puisqu'il est seul à nouveau. Faisons lui croire qu'il né de nouveau, apprenons lui à marcher et à parler correctement, apprenons-lui la politesse et les bonnes manières, pour que personne alors ne sâche, l'immonde qu'il cache en ses mains noires. Laissons l'ange dans le coin de la pièce, qu'il ne prononce plus aucun mot, qu'il ne dénonce plus rien, qu'il n'agisse pas contre le nouveau né. Laissons-le donc dans ce coin sombre de la pièce, que l'autre puisse recommencer sa vie, puisque sa punition est enfin levée et que, "justice a été faite".

# Posté le dimanche 06 mai 2007 03:07

Modifié le lundi 07 mai 2007 13:28

Juliette Lewis

C'est pour ça qu'on l'aime.
Juliette Lewis

# Posté le mardi 24 avril 2007 07:02

Modifié le mardi 24 avril 2007 07:14

"Still life" Tous droits réservés à.

Attention, ce qui suit fait mal.

# Posté le jeudi 19 avril 2007 19:12

"Still life" - Le commencement.

CHAPITRE I, le décor.

Il était tard, la rue n'était pas déserte pourtant. Les gens voulaient profiter de la température douce au quelle nous n'étions pas habitués pour un mois d'Avril; la journée, on atteignait au plus 28°C. Rien n'avait l'air menaçant : on entendait des éclats de rires, des conversations portant sur telle guerre ou sur tel fait divers. Chacun était plongé dans son existence propre.

CHAPITRE II, les personnages.

Mes talons frappaient doucement le bitume, dans un rythme serein: je profitais des 23 °C que la soirée nous offrait, en attendant les autres qui ne devaient pas mettre trop de temps à arriver. C'est en balayant du regard les terrasses des cafés alentours que j'ai croisé ses yeux : il semblait m'observer depuis un moment et, comme gêné que j'eusse pu le découvrir, il tourna la tête, son regard m'avait transperçait la peau. J'ai frissonné et suis allée m'asseoir, mal à l'aise, sur une marche, non loin du lieu de rendez-vous fixé avec mes amis. Ils savaient que j'étais déjà sur place, ils m'appelleraient en arrivant. Quelques minutes plus tard, mon portable vibrait : ils sont devant le monument aux morts, à quelques rues d'ici, ils m'attendent. Rassurée qu'ils soient enfin arrivés, je me suis dirigée vers le point de ralliement.

CHAPITRE III, le danger.

La nuit était sombre malgré les étoiles que l'on devinait derrière les quelques nuages qui flottaient dans le ciel et les rues environnantes étaient vides : tout le monde se regroupait soit sur la grande place, soit sur le boulevard. J'avançais en regardant par terre afin d'éviter les excréments d'animaux lorsque quelqu'un vint à ma rencontre : un homme trapu, mal rasé, de grosses mains, sa voie ne m'adressa pas un bonsoir, il voulait une cigarette. « Je ne fume pas, désolée ». Il passa son chemin. Le temps que mon rythme cardiaque revienne à la normale, j'étais arrivée. Ce soir là, nous avons bien rie et la température, bien qu'elle soit descendue de quelques degrés durant la soirée, était toujours agréable lorsque nous sommes rentrés chez nous, vers 1 heure et demie. Je ne sais pas pourquoi j'ai refusé qu'on me raccompagne ce soir-là.

CHAPITRE IV, l'action.

Mon pas était beaucoup plus rapide qu'en début de soirée, je n'avais rien pris d'autre qu'un petit gilet, je commençais à grelotter. Les lampadaires derrière moi dédoublaient mon ombre de façon inquiétante, j'avais l'impression que quelqu'un marchait dans chacun des pas que je pouvais faire. Pour gagner du temps, j'ai commencé à chercher mes clés dans mon sac, le temps de baisser quelques minutes la tête pour qu'une silhouette se dessine devant moi, au coin de la rue. Je levais les yeux, attirée par la pénombre que son corps faisait face au mien. Surprise, mon épaule frappa son torse et un cri s'échappa de ma bouche. La peur me tétanisa sur place alors que je voyais ses yeux me déshabiller de façon effrayante. Je reconnus alors sa silhouette trapue, ses grosses mains que je devinais du coin de l'½il et son regard criblant. Je pus lire en celui-ci une envie animale et destructrice. Sans même penser à me défendre d'une quelconque façon je tenta de courir mais sa main me retint par les cheveux : ma tête parti en arrière suivi de mon corps de poupée. J'avais beau me débattre et hurler, la rencontre entre mon crâne et le sol avait était trop violente et m'avait largement affaiblie, et c'est à peine si ma main osait toucher la sienne qui me faisait traîner sur l'un des trottoirs sale de la ville. Il me jeta dans un coin ou des clochards avaient sans doute éclatés quelques bouteilles de vinasse et commença à retirer sa ceinture. Ma vue était troublée mais mon instinct évident de survie me poussa à ramper le plus vite possible hors de sa portée et à me relever quelques mètres plus loin. Mais le sang qui coulait le long de ma nuque faisait s'échapper, dans sa fuite visqueuse, le peu de forces que je pouvais avoir. Il attrapa mon pied alors qu'un de mes genoux commençait seulement à me soutenir, le tira violement vers lui avec toute la force que sa pulsion sordide lui donnait. Si fort que ma mâchoire et mon nez se fracassèrent sur le sol en un bruit sourd et dégoûtant. En perdant connaissance, il était certain que mon corps s'offrirait sans grande réticence. Telle une poupée de chiffon, je sentais, lorsque, pendant quelques secondes, je me réveillais, mon corps ballotter entre ses mains sales et transpirantes. Je sais que les évanouissements répétés me sauvèrent, en quelques sortes, d'au moins une souffrance parmi celles que j'avais enduré depuis ce face à face et celles que je ne pensais pas avoir le « privilège » de subir. Le meurtre était, dans ma tête, comme son unique but à lui.

# Posté le jeudi 19 avril 2007 18:53

Modifié le jeudi 19 avril 2007 19:16

"Still life" - Suite et fin.

CHAPITRE V, la réaction.

Quelques heures plus tard, c'est la sonnerie de mon téléphone portable qui me réveilla ; le pantalon descendu jusqu'aux chevilles, le chemisier et le soutien-gorge à moitié déchirés. Ma propre odeur me donnait la nausée. J'avais du sang séché sur tout le visage et dans les cheveux, un goût de fer était là,comme triomphant, dans ma bouche. Après avoir repris ce qu'il me restait d'esprit et après avoir vomis, je me suis mise à hurler. Parce qu'aucun mot ne se formait dans ma bouche endolorie et déformée, parce qu'aucun mot ne pouvait exprimer la sensation que j'éprouvais. Je voulais disparaître de cet endroit et la peur qu'il revienne me donna le courage pour me traîner jusqu'au bord de la ruelle, là ou quelqu'un pourrait peut-être m'entendre.

CHAPITRE VI, le trou.

C'est un boulanger qui m'a trouvé là, épuisée des larmes et des cris, en vain, que j'avais poussé avant que quelqu'un ne vienne. Quelques heures plus tard, l'hôpital appelait la police qui appela mes parents, morts d'inquiétude de ne pas m'avoir vu ou entendu rentrer à l'heure approximative que je leur avais donné. C'est mon père qui n'avait cessé d'appeler sur mon portable. Je me réveillais, complètement sonnée. On m'expliqua les opérations effectuées sur mon visage pour réparer les dégâts causés : mon nez avait été brisé, j'avais perdu quelques dents mais le coup que j'avais eu sur le crâne n'avait pas de conséquences dites « graves », dans leur sens, j'avais eu de la chance... Je pus entrapercevoir mes parents avant que les policiers ne les fassent sortir de la chambre : je devais leur raconter, avec le plus de détails possibles, tout ce que j'avais subis, ils étaient obligés de faire cela maintenant, avant que ma mémoire ne fasse défaut. Un psychiatre suivi d'un psychologue me firent subir la même chose : pour ma « reconstruction personnelle » je devais parler et ne pas m'emmurer dans un silence destructeur. Mais, je n'avais plus rien qui m'appartenait, on m'avait déjà tout prit et je n'étais plus rien.

CHAPITRE VII, l'aprés.

En sortant de l'hopital, j'ai appris qu'ils continuaient toujours les recherches mais qu'il y avait peu de chances pour qu'on le retrouve : les renseignements que j'avais pu leur donner sur son visage ne leur avait pas été d'un grand secours (avaient ils osé me parler de secours !)et aucune autre agression de ce genre n'avait été répertorié ni avant ni aprés ce que j'avais vécu.
Cela fait exactement trois ans. Ils me disent qu'ils n'ont pas totalement laissé tombés l'affaire, mais qu'ils ne peuvent plus faire grand chose, à part surveiller les différentes affaires de viols de la région. J'essaie de me reconstruire aprés tout ça, j'ai du mal à accepter le fait qu'il m'ait choisis moi, et pas une autre. Et j'aime à croire qu'il est mort le jour ou il m'a volé ma dignité. Comme un ordre naturel des choses.

# Posté le jeudi 19 avril 2007 18:30

Modifié le jeudi 19 avril 2007 19:16