Un peu de temps, pour empêcher les secondes de s'écouler. Juste un peu de temps, pour me permettre de l'arrêter. Sans effort, sans peur, en ayant l'air de l'aimer, le regarder. Savoir à quel moment ses yeux croiseraient les miens, à quel moment ses pas résonneraient sur l'asphalte chaud, pour m'y préparer, pour ne pas trembler, tomber, en l'apercevant. Mettre le film au ralenti au moins ces quelques instants. Arrêter la ronde des gens alentours, les immobiliser, les rendre sourds et aveugles, pendant que je lui parlerai. Pour que personne ne sache, ne devine ce que je lui dirai. Marcher vers lui comme dans un rêve, m'arrêter devant lui, le voir me sourire si librement, comme il le faisait avant que le temps ne cesse de tourner; lui caresser la joue, passer ma main dans ses cheveux sombres sans jamais quitter ses yeux troubles. Lui dire combien il me manque, lui faire entendre ces mélodies que j'écoute sans cesse en pensant à lui, lui faire lire, en mon âme et conscience tout ce que je n'ai jamais su lui dévoiler. Et dénouer enfin ce noeud bloqué au fond de ma gorge chaque fois que je pars à sa recherche. Déposer mes larmes dans le creux de sa main et lui faire boire pour que toujours il ait dans la bouche ce goût salé que j'ai tellement de mal à faire partir. Ce goût d'un amour terminé qui jamais n'aura commencé.
Un peu de temps, pour l'empêcher de partir avant que je ne lui ai donné mes secrets si fragiles. Aller me rassoir, doucement, en sentant son regard dans ma nuque et son souffle dans le creux de mon cou que je garderai comme un trésor, et faire retourner le Monde. Avec ce souvenir partagé en nos deux êtres, comme un lien indestructible. Puis finir cette journée plus légère et aimée.